Bisous équitables
by Sylvie St-Jacques


La Presse article, February 14th, 2005

Sans vouloir être rabat-joie, la boîte de chocolats achetée chez Jean Coutu, la nuisette coquine rouge vif de chez Wal-Mart, le spanish fly du sex-shop du coin et la fondue au fromage en sachet aux gras trans ont fini par ternir l'image de Cupidon. Surtout quand la fête des amoureux est devenue synonyme de peluche rose fabriquée en Chine par des travailleurs exploités. Pouvons-nous fêter la Saint-Valentin écologiquement et équitablement?

Commençons par les fleurs. Heureux d'apercevoir un pimpant bouquet de tulipes roses en plein milieu de février, on songe rarement aux conditions de travail inhumaines des travailleuses. En plus des horaires et salaires indécents, les ouvrières (parce que ce sont surtout des femmes) d'Amérique du Sud, d'Asie et d'Afrique sub-saharienne qui oeuvrent dans l'industrie des fleurs coupées (vendues ici à bas prix), sont exposées à des pesticides toxiques responsables de maladies chroniques. Pire, cette industrie cause un gaspillage d'eau et une pollution des sols considérables.

Soyez sans crainte, il n'est pas ici question de remplacer les marguerites africaines par une gerbe de fines herbes bios séchées.

La compagnie de distribution florale Sierra importe des fleurs coupées de plusieurs endroits, dont l'Australie, la Nouvelle-Zélande, l'Italie, la Colombie, le Chili et l'Équateur. Son programme Sierra Eco, depuis cinq ans, vise à promouvoir la culture des fleurs dans des conditions qui respectent les travailleuses et l'environnement.

Andréa Leckman, directrice du marketing à Sierra, mentionne que les histoires de pesticides affectant la santé, les congédiements injustifiés et les normes environnementales non respectées ont incité les importateurs à serrer la vis. «Le programme Sierra Eco signifie que de l'argent est mis de côté par l'employeur pour loger et assurer l'éducation des enfants des employés. Il contribue aussi à l'instauration d'une coopérative alimentaire et d'un programme de santé et de sécurité du travail.»

Sans être biologiques, les fleurs portant le label Sierra Eco sont cultivées avec des pesticides biodégradables approuvés par l'Organisation mondiale de la santé, poursuit Mme Leckman. Un système de traitement et de purification des eaux empêche aussi la contamination des sols. La porte-parole de Sierra nous assure que le respect des exigences du programme est validé régulièrement par Flower Label Program et Flor Verde, deux organismes qui veillent au maintien des normes dans la floriculture.

Fleuriste centre-ville (à la gare Centrale) et La Boîte à fleurs (boulevard Sainte-Rose, à Laval) sont deux points de vente de la région métropolitaine où l'on peut acheter, à un coût légèrement supérieur, les fleurs Sierra Eco. Pour une liste plus exhaustive des fleuristes qui les vendent et d'autres informations sur ce programme, consultez le www.sierraeco.com.

Carle Bernier-Genest, responsable de projet à Équiterre, propose, quant à lui, d'acheter des fleurs cultivées au Québec. «On est alors certain que les normes minimales ont été respectées», dit-il. Sa suggestion: les serres de Roses Drummond, qui offrent un grand choix de fleurs coupées. Malheureusement, les marchés publics (Jean-Talon, Atwater, etc.) vendent les fleurs de Roses Drummond seulement l'été. En revanche, la compagnie offre un service de livraison payant. Cette option est avantageuse pour les grandes quantités (consultez le site www.rose.ca).

Conscience et chocolat

Depuis déjà plusieurs années, les histoires de trafic d'esclaves et le travail des enfants dans les plantations de cacao d'Afrique de l'Ouest ont terni l'image du chocolat. Choisir des chocolats certifiés équitables demeure la seule option pour céder à l'attrait du cacao sans encourager une industrie fondée sur l'exploitation des plus démunis.

On trouve des tablettes de chocolat équitables chez Café Rico (rue Rachel) ainsi que dans les étalages de plusieurs épiceries, fruiteries, magasins d'aliments naturels et marchés publics montréalais. Une valeur sûre: le chocolat Maya Gold de marque Green & Black. Produit dans le cadre d'un projet communautaire dans les forêts humides du Belize par des communautés mayas qui le cultivent depuis des siècles, le cacao biologique et équitable qui sert à la confection de ce chocolat est d'excellente qualité. Il a d'ailleurs gagné l'approbation de notre chroniqueur Robert Beauchemin, le mois dernier.

Carle Bernier-Genest, d'Équiterre, nous apprend que depuis peu, des chocolatiers ont décidé de se joindre au mouvement. Les Divins chocolats de Sandra (à Terrebonne, 450-471-9275), les Chocolats Laurentides (à Charlesbourg, 418-849-8733) et la Guilde du pain d'épices (à Saint-Jean-de-Matha, 450-471-9275) ont pris le virage équitable.

La cheminée propre

Qu'il est romantique de finir la soirée avec sa flamme du moment, enlacés sur une (fausse) peau d'ours devant un feu de foyer où se consument les pages d'un journal de grand format...

Le chauffage au bois, si vieillot et romantique, est pourtant bien peu écologique. Il est même responsable de la moitié des émissions de particules fines au Québec. En décembre dernier, un communiqué d'Environnement Canada signalait que certains jours d'hiver, la pollution est plus élevée dans des quartiers résidentiels comme Rivière-des-Prairies, où pullulent poêles et foyers, que dans le centre-ville de Montréal, où il y a peu de chauffage au bois.

Pour une solution plus écologique que la corde de bois, on peut se rabattre sur la Java-Log de l'entreprise Robustion Products. Faite à partir de marc de café recyclé (les restes des grains moulus après l'infusion), elle brûle pendant trois heures, et fait jaillir trois fois plus de flammes que le bois. Elle produirait 14% moins de dioxyde de carbone et 50% moins de suie que les bûches ordinaires.

Elle est aussi vendue dans un emballage de papier brun qui peut être brûlé sans danger pour l'environnement. Enfin, comme elle est constituée d'une partie des résidus de café, la bûche limite la production de déchets.

La Java-Log coûte 3,49$ l'unité ou 17,99$ en boîte de six, notamment chez Home Depot et Loblaws. Infos: www.robustion.ca.

Massage écolo

Offrir un massage à son partenaire de vie (ou du mois) est un cadeau qu'approuveraient Serge Mongeau et ses disciples de la simplicité volontaire. Si, en prime, on pousse la vertu jusqu'à employer une huile bio, nous voilà assuré d'une place au paradis à côté de Laure Waridel.

La compagnie québécoise Druide a mis au point une gamme de crèmes à massage, fabriquées à base de parfums de synthèse mélangés à des huiles minérales, d'amande ou de noix. Druide, qui n'est pas certifié bio, donne priorité aux ingrédients végétaux certifiés biologiques et aux matières premières dont la cueillette est respectueuse de l'environnement.

Les huiles biologiques pour le corps du Dr Haushka figurent aussi dans la liste de nos produits préférés pour le massage. Les essences de romarin, de citron, de lavande, de rose ont des vertus différentes, selon de l'état d'esprit du «receveur». À Montréal, quelques magasins de produits naturels vendent ces produits. On s'informe au 1-800-247-9907.

Le Body Shop, avec son programme de commerce équitable qui favorise l'achat des accessoires et produits comme l'huile de sésame, le beurre de karité, les grains de cacao dans plusieurs communautés locales, nous paraît un choix intéressant pour l'achat d'une huile à massage. Mais il y a un bémol: selon Carle Bernier-Genest, l'entreprise est moins écolo, depuis son inscription en Bourse.